LE DUEL et le combat singulier en Suisse romande, colloque du 7 au 8 mai 2010

Nos sociétés démocratiques se sont habituées à régler les conflits qui opposent leurs membres par la discussion, devant des tribunaux légitimés à trancher les différends. L’actualité le montre, dans un tel contexte, la violence est mal perçue, semble ranimer des sentiments nauséabonds que l’on préfère éjecter dans les tréfonds de notre mémoire collective, ou est observée comme une résurgence des temps barbares. Pourtant, si lutter contre la violence constitue un objectif dans nos sociétés, on ne peut se cacher qu’elle fait partie de notre histoire et qu’en ignorer ses formes ne rendra pas le monde meilleur. Au contraire peut-être…

Parmi ces méthodes que notre modernité hésite à observer avec horreur ou amusement, figure le duel. Ce type de combat a disparu aujourd’hui, sinon dans le langage courant, où les duels d’artillerie le disputent aux duels oratoires… Mais c’est oublier que le duel a longtemps fonctionné comme un élément structurant d’une société en train de se construire, de s’inventer un droit capable d’apaiser les conflits. Dans des sociétés où la violence faisait partie du quotidien, ne serait-ce que par les dures réalités de la vie, le duel apparaissait comme le moyen le plus efficace de mettre un terme à certains types de conflit. Et dans des sociétés où l’humain cherchait encore sa place face à Dieu, le duel a pu surgir comme l’arbitrage suprême : le vainqueur ne peut avoir tort devant le Tout-puissant, qui a bien dû guider sa main!

Au fil des siècles le duel perdra sa signification juridique pour se confiner dans les affaires d’honneur, un lieu intime où le juge n’est pas forcément bienvenu. Affaires politiques, affaires de cœur, basses calomnies : dès qu’est froissé l’ego, sublimé par la nouvelle dimension qu’acquiert progressivement la liberté individuelle, surtout après la Révolution française, seules les armes peuvent laver l’affront ! La société bourgeoise qui s’impose peu à peu au cours du XIXème siècle n’aura alors aucun scrupule à puiser dans l’arsenal de l’Ancien Régime et brandir la noble épée (ou le plus bourgeois pistolet…) pour répondre à des provocations pour lesquelles les institutions judiciaires, fleurons des démocraties, ne paraissent subitement plus compétentes… Même les codes pénaux démocratiques ne seront pas plus efficaces que les édits de Richelieu!

La Suisse en général, et la Suisse romande en particulier, ne sont pas restées totalement à l’écart de ce mouvement. Notre région a ainsi connu son lot de duels, au fil des siècles. C’est ce pan souvent relégué dans les anecdotes de notre histoire que le présent colloque entend faire revivre. Il ne se limitera toutefois pas au duel, mais explorera aussi d’autres formes du combat singulier. C’est au moyen des techniques développées pour ce dernier que les duels se réglaient, avec les adaptations que pouvaient exiger des contextes particuliers, comme les duels estudiantins!

PROGRAMME

Vendredi 7 mai 2010, Café-restaurant Au Vieux-Lausanne,
Rue Pierre Viret 6

  • 18 h 00 Ouverture par Pascal Petter, Président du Cercle démocratique Lausanne
  • 18 h 15 Michel Porret, professeur à l’Université de Genève, Lumières, droit de punir et condamnation du duel.
  • 18 h 35 Antje van Mark, doctorante à l’Université de Lausanne, L’image du duel dans deux textes du XVème siècle.
  • 18 h 55 Jean-Jacques Langendorf, maître de recherche à l’Institut de stratégie de Paris, Le duel dans l’armée suisse.
  • 19 h 15 Discussion
  • 19 h 30 Apéritif offert par la Société d’étudiants HELVETIA

Samedi 8 mai 2010, Château de Morges

  • 08 h 45 Ouverture
  • 09 h 00 Thierry Luginbuhl, professeur à l’Université de Lausanne, Le duel chez les Celtes.
  • 09 h 20 David Garcia, enseignant, Un traité d’escrime d’origine suisse (XVème siècle).
  • 09 h 40 Démonstration de l’Association Cladio
  • 10 h 10 Claude Berguerand, historien, Le duel judiciaire dans le Pays de Vaud à travers l’affaire d’Othon de Grandson.
  • 10 h 30 Christophe Vuilleumier, docteur ès lettres de l’Université de Genève, Le duel en Suisse romande aux XVI et XVIIèmes siècles.
  • 10 h 50 Vincent Delay, juriste à la Police cantonale vaudoise et président de la Société Sherlock Holmes, Le duel en droit pénal vaudois au XVIIIème siècle.
  • 11 h 10 Jan Fantys, maître d’armes diplômé BEEE, co-directeur de l’Ecole lémanique d’armes anciennes de Lausanne, Aperçus des techniques du duel à travers les âges (démonstration).
  • 12 h 00 Lunch
  • 13 h 30 Robert Develey, docteur en médecine et historien des sociétés d’étudiants, Les débuts de la Mensur en Suisse et en Suisse romande.
  • 13 h 50 Denis Tappy, professeur à l’Université de Lausanne, Un statut particulier du duel en droit pénal vaudois
  • et fédéral (XIX et XXèmes siècles)?
  • 14 h 15 David Auberson, historien, La mort en duel de Ferdinand Lassalle, fondateur de la social-démocratie allemande.
  • 14 h 35 Pause
  • 15 h 00 Georges Andrey, chargé de cours émérite de l’Université de Fribourg, Quand deux catholiques se provoquent en duel. L’affaire entre Cingria et de Reynold.
  • 15 h 20 Olivier Meuwly, chargé de cours à l’Université de Genève, Le duel politique dans le canton de Vaud au XIXème siècle.
  • 15 h 40 Discussion finale et apéritif

INSCRIPTION

Au moyen du formulaire de contact, par e-mail, message [at] cercle-democratique [point] org ou par fax au 021 320 60 86, en précisant vos nom et prénom, votre adresse, votre e-mail, le nombre de personnes accompagnantes et la participation au lunch, le cas échéant.

Délais d’inscription: 2 mai 2009